Partenariat Érudit-RCDR (CRKN) pour le soutien aux revues savantes et au libre accès

Clare Appavoo, directrice exécutive du Réseau canadien de documentation pour la recherche (RCDR), et Tanja Niemann, directrice générale d’Érudit.

Mmes Niemann et Appavoo ont présenté un aperçu du travail effectué et à venir dans le cadre du partenariat entre le RCDR et Érudit. Alors que l’importance du libre accès ne cesse de grandir, mais qu’il n’existe pas encore de consensus sur le ou les modèles à développer, Érudit et le RCDR se sont demandé si une solution collective et collaborative pouvait être trouvée afin de satisfaire les besoins à la fois des bibliothèques universitaires et des éditeurs de revues savantes. En effet, pour trouver des moyens de financer de façon durable l’édition et la diffusion en libre accès, il est nécessaire de passer de la relation commerciale qui caractérise le système par abonnements à une relation de partenariat, basé sur un modèle de contributions volontaires, où chacun travaille à l’atteinte d’objectifs communs.

 

Ce changement s’est effectué selon le processus suivant. Érudit a fourni des informations détaillées sur le modèle économique actuel et a fixé un objectif annuel. Le RCDR a ensuite fixé une contribution volontaire minimale, avec un seuil plus bas pour les institutions plus petites. L’idée est que la contribution des institutions qui jusqu’à maintenant payaient pour des abonnements soit à la hauteur du montant de leurs abonnements, tandis qu’il sera demandé à certaines institutions plus riches de contribuer davantage. La phase de transition prévue s’étend de septembre 2014 à décembre 2016. Enfin, un autre élément majeur est la réduction de la barrière mobile de 24 à 12 mois pour l’accès aux articles et la fouille de données.

Ce partenariat se veut aussi un soutien aux communautés de recherche canadienne et québécoise. Selon les données obtenues par Vincent Larivière, les revues savantes canadiennes servent d’abord et avant tout à publier et à nourrir la recherche faite ici au Canada et qui porte sur des objets locaux et nationaux. Il s’agit donc de soutenir cet écosystème national spécifique. Lors de la signature de la première licence entre Érudit et le RCDR, valide de 2008 à 2014, la plateforme avait été considérée plus ou moins de la même façon que les grands éditeurs commerciaux, ignorant par le fait même les contraintes qu’implique sa vocation spécifique d’organisme de soutien aux petites revues indépendantes : potentiel de commercialisation limité, financement non assuré, dépendance aux revenus d’abonnements. Au moment de renouveler l’entente, il était donc temps d’en changer les termes en passant d’une relation commerciale à une relation de partenariat.

Afin de concrétiser le partenariat, il fallait d’abord réunir les parties prenantes de l’industrie savante afin de les conscientiser à la nécessité de collaborer ensemble au sein d’un nouveau modèle. Il fallait aussi renforcer le dialogue avec les organismes subventionnaires (FRQSC, CRSH, Fondation canadienne pour l’innovation) et les autres partenaires (ACRS, Association des bibliothèques de recherche du Canada, Fédération des sciences humaines du Canada). Il fallait effectuer des études afin de mieux comprendre le contexte actuel : étude de la situation financière des revues canadiennes, étude des téléchargements d’articles et des effets de l’embargo sur ceux-ci, étude de l’utilisation des collections par les chercheurs, étude de faisabilité d’une coopérative d’édition savante par PKP. Toutes ces données fournissent des indicateurs indispensables pour argumenter en faveur du projet auprès des organismes subventionnaires. Enfin, il faut aussi développer de nouveaux outils technologiques afin d’abaisser les coûts de production de l’édition numérique des revues par Érudit. Parallèlement à ces mesures, Érudit est en train de réviser sa structure de gouvernance pour que ce consortium coopératif s’ouvre à d’autres universités canadiennes. Afin de mener à bien ses projets de développement technologique, il travaille encore à plusieurs demandes de subvention ainsi qu’à différents partenariats stratégiques.

La création d’une organisation coopérative multipartite amène son lot de défis. D’abord, transformer la relation commerciale en relation de partenaires amènera les bibliothécaires et les éditeurs à concilier leurs visions stratégiques à long terme respectives. Ensuite, bien que le Canada soit un pays bilingue, la majorité des universités membres du RCDR sont uniquement anglophones, ce qui les amène à ne s’abonner qu’à des revues anglophones. Il faudra donc gérer ce déséquilibre lors de la transformation des revenus d’abonnements en contributions volontaires. Enfin, comme Érudit et le RCDR explore un nouveau modèle d’entente, la réussite de celle-ci repose sur l’engagement et la confiance de chacun des partenaires les uns envers les autres. Cependant, ce partenariat intéresse déjà plusieurs sociétés savantes américaines par son caractère innovant et collaboratif ; l’expérience canadienne et l’expertise développée pourra donc, à terme, inspirer les acteurs de la recherche et de l’édition savante ailleurs dans le monde.

Pour conclure, l’évolution du partenariat repose sur le maintien de canaux de communication ouverts entre les bibliothèques du RCDR, les revues savantes et Érudit. Elle nécessite aussi la définition d’un nouveau modèle qui fera suite à la phase de transition se terminant en 2016. Il faut aussi continuer à inclure davantage de communautés de recherche et de contenu canadien à la plateforme. Par ailleurs, un important travail de mobilisation institutionnel est en cours, car il est crucial d’obtenir le soutien des facultés et des administrations des universités dans ce partenariat – et non des seules bibliothèques – afin d’avoir un meilleur pouvoir de négociation face aux grands éditeurs commerciaux. Enfin, les ententes actuelles seront élargies pour inclure d’autres consortiums et d’autres partenaires au-delà du Canada. L’actuel partenariat RCDR-Érudit que Mmes Niemann et Appavoo ont présenté aujourd’hui constitue donc la première étape d’un vaste projet à long terme qui transformera le visage de la recherche et de l’édition savante au Canada.