Perspectives et expériences des revues savantes : quatre présentations éclair

Le séminaire a donné la parole à quatre revues savantes canadiennes venues présenter leurs activités, les défis qui les attendent et leurs idées pour mener à bien leur mission de diffusion des connaissances scientifiques :

- Élisabeth Nardout-Lafarge, directrice de la revue Études françaises (Québec)

- Réal Allard, directeur de la revue Minorités linguistiques et société (Nouveau-Brunswick)

- Sarah McCabe, bibliothécaire et gestionnaire de projet du Ontario Historic Journal (Ontario)

- Andrée-Anne Boisvert, coordinatrice de la revue Mosaïc (Manitoba)

 

1- Revue Études françaises, Elisabeth Nardout-Lafarge

Études françaises est une revue qui a aujourd’hui 52 ans et publie 3 numéros par an, soit environ 25 articles par an. La revue s’occupe de critique et d’histoire des littératures de langue française, du Moyen Âge à l’extrême contemporain. Les dossiers sont évalués par les pairs.

La revue est en pleine transition, avec l’abaissement de la barrière mobile de 2 ans à 1 an. L’équipe éditoriale est en train de penser de nouvelles politiques pour favoriser le passage de la revue au numérique. Cela étant, la revue est d’abord publiée en format papier aux Presses de l’Université de Montréal (PUM), et l’équipe éditoriale tient à conserver ce format tout en restant ouverte à d’autres modes de publication. Ainsi, les auteurs sont autorisés à diffuser leurs articles sur les dépôts institutionnels - bien que pour le moment, la revue ne dispose pas d’une politique de vérification des pratiques d’auto-archivage. Études françaises compte 341 abonnements (dont 7 individuels) : 164 abonnements papier et 177 abonnements Érudit.

La situation financière d’Études françaises est aujourd’hui problématique : pour la première fois de son histoire, la revue n’a pas obtenu le renouvellement de sa subvention FRQSC ; seule la subvention du CRSH a été obtenue, à hauteur de 30 000$. Le financement de la revue a donc été coupé de moitié. Pour y faire face, l’équipe éditoriale a pu compter sur le soutien des PUM, le soutien exceptionnel et provisoire de la Faculté des arts et des Sciences de l’UdeM, de même que le soutien provisoire du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises. Malgré tout, trois mesures drastiques ont dû être prises :

         - Réalisation de coupes drastiques, dont plusieurs ont été salutaires. Des économies de fonctionnement avec les PUM ont été convenues de façon à économiser 5 000$ ;

         - Hausse du prix des abonnements papier et des abonnements Érudit – laquelle n’est cependant que provisoire, puisque la revue devra passer en libre accès à moyen terme ;

         - Mise en place d’un paiement par chercheur lorsque l’article émane d’un projet subventionné. Cette contribution à la production du numéro sert à payer les droits de l’iconographie de couverture, à la traduction des résumés – voire des articles. Cela étant, on ne peut généraliser la pratique sans risquer de priver la revue de la contribution des jeunes chercheurs, encore peu subventionnés, et de dossiers internationaux (puisque la plupart des chercheurs étrangers ne sont pas financés comme au Canada). Le comité d’Études françaises s’entend ainsi pour refuser que la contribution financière soit une condition de publication.

Actuellement, il manque entre 10 000 et 15 000$ pour permettre le fonctionnement normal et serein de la revue. La revue ne peut se passer d’un secrétaire de rédaction au doctorat (niveau requis pour travailler les textes publiés par Études françaises). Idéalement, la construction et l’animation du site Internet de la revue ainsi que la veille scientifique devraient être confiées à un deuxième auxiliaire de recherche. Enfin, le financement doit couvrir le dégrèvement du directeur ou de la directrice de la revue, essentiel au bon fonctionnement de la revue.

Si les mesures des organismes subventionnaires pour favoriser le libre accès sont parfaitement justifiées – et remportent l’adhésion du comité d’Études françaises –, le travail d’édition d’une revue doit être supporté davantage par les universités, qui s’appuient sur le travail des revues pour acquérir de la valeur. Actuellement, ce travail est invisible pour les universités, considéré comme un à-côté bénévole au travail des professeurs-chercheurs.

Dans ce contexte, la perte de la subvention du FRQSC est terrible, car elle survient au moment où la revue doit négocier son virage vers le numérique, changer de modèle et innover, avec l’ensemble des tâches que cela implique (revaloriser les anciens numéros, etc.). Le comité doit donc faire beaucoup plus avec moitié moins d’argent.

 

2. Revue Minorités linguistiques et société, Réal Allard

Minorités linguistiques et société est une jeune revue issue d’un partenariat entre des instituts de l’Université de Moncton et des organisations publiques (Institut de recherche canadien sur les minorités linguistiques, Institut canadien de recherche en politiques et administration publique, le Consortium national de formation en santé, etc.). La revue publie 2 numéros par an, comptant de 8 à 9 articles chacun.

La publication se fait seulement en libre accès, car les coûts de publication papier sont trop élevés. Le libre accès est d’ailleurs un atout dans le contexte des minorités linguistiques (minorités françaises à l’extérieur du Québec et minorités anglaises au Québec). Les taux de consultation sur Érudit sont encourageants pour une toute jeune revue. Le libre accès permet aussi aux articles publiés d’être consultés non seulement par la communauté universitaire (étudiants et professeurs), mais aussi par les instances décisionnelles qui interviennent auprès des minorités linguistiques et qui sont intéressées par des problématiques de gouvernance, de services de santé, de qualité de la langue ou encore de production langagière.

Minorités linguistiques et société rencontre les mêmes problèmes que les autres revues sur le plan du financement : la revue ne dispose pas de revenus d’abonnements, et son financement vient des partenaires, dont certains se sont depuis retirés (notamment Patrimoine canadien et le Commissariat aux langues officielles). Le comité réfléchit donc encore actuellement à des stratégies pour fonctionner ou même survivre, tout en ayant le sentiment de partager un environnement difficile et très incertain, même si les problématiques posées et les solutions proposées sont intéressantes.

 

3. Ontario History Journal, Sarah McCabe

L’Ontario Historical Society est une organisation sans but lucratif fondée à Toronto en 1888. Elle est basée sur la participation volontaire de plus de 400 organisations historiques, mais ne compte sur aucune organisation gouvernementale ou universitaire. L’Ontario History Journal a été fondé en 1899 et publie depuis plus d’un siècle 2 numéros par an. Les articles sont révisés par les pairs.

La revue a reçu une subvention de la fondation Trilium afin d’opérer une transition vers un modèle numérique. Des discussions sont en cours avec Érudit et d’autres plateformes. La revue compte des membres avec lesquels elle entretient des liens privilégiés. L’un des défis auxquels doit faire face la revue si elle adopte un modèle numérique relève du copyright : comment numériser les anciens numéros (plusieurs milliers), qu’est-ce qui relève du domaine public ? Le système d’abonnements, basé sur le membership, devra sans doute être révisé.

Une autre préoccupation majeure du comité de la revue est liée au financement : le futur est assez incertain. Si la revue a pu bénéficier par le passé de subventions de la part du CRSH, cette source de financement n’est pas suffisamment assurée pour pouvoir être intégré aux stratégies de développement de la revue.

 

4. Revue Mosaic, Andrée-Anne Boisvert

Mosaic est une revue bilingue publiée depuis 1967 à l’Université du Manitoba. Elle bénéficie d’une subvention de la Faculté des arts, de la Winnipeg Foundation et du CRSH. La revue publie 4 numéros par an, soit de 10 à 12 articles par numéro, révisés par les pairs.

Sans les revenus générés par les agrégateurs (ProQuest, Project Muse), la revue ne pourrait pas exister. La version papier est diffusée dans plus de 300 établissements et près de 23 pays – à hauteur de 500 copies par numéro, mais le nombre d’abonnements individuels ne cesse de chuter.

Le comité éditorial de Mosaic est particulièrement opposé au libre accès, qui est considéré avec une grande méfiance. Les politiques de copyright de la revue sont assez strictes – le contrat prévoit l’interdiction de publier les textes sur les dépôts institutionnels ou les sites personnels. En conclusion, Mosaïc n’est pas encore prêt à adopter un modèle numérique.